Le lien avec le Var tient à une ligne biographique, mais elle suffit à donner à cette rentrée littéraire une résonance locale. Sylvain Prudhomme est né en 1979 à La Seyne-sur-Mer. Son parcours l’a ensuite conduit bien au-delà de la rade : son œuvre s’est construite autour de l’Afrique, du voyage, de la route et de personnages rencontrés au gré des déplacements. Le 27 août 2026, il publiera De l’autre côté du lac aux Éditions de Minuit.
Ce nouveau livre arrive après une décennie qui a installé durablement l’écrivain dans le paysage littéraire français. Par les routes a obtenu le prix Femina en 2019. Les Orages a suivi en 2021, puis L’Enfant dans le taxi en 2023 et Coyote en 2024. Avec De l’autre côté du lac, Sylvain Prudhomme signe son troisième ouvrage publié aux Éditions de Minuit.
Un lac, une disparition
Le point de départ du roman tient en quelques éléments simples et inquiétants.
Près d’un lac de haute montagne, un groupe de chercheurs travaille à la limite d’une réserve interdite aux humains. Une photographe remarque sur un versant quelque chose que les autres ne voient pas. Des signes étranges apparaissent. Un corps est découvert. Elle choisit pourtant de rester seule sur place.
Quelques mois plus tard, elle disparaît à son tour.
Il serait tentant de ranger immédiatement le livre du côté du roman policier ou du récit à suspense. La présentation de l’éditeur indique pourtant une autre direction. Le mystère semble surtout fournir à Sylvain Prudhomme un terrain pour revenir à plusieurs préoccupations présentes dans son œuvre : la recherche d’une existence plus intense, l’attirance pour les espaces sauvages et le désir d’échapper aux vies trop parfaitement organisées. Les Éditions de Minuit présentent elles-mêmes le roman comme travaillant « le désir d’intensité, l’appel du sauvage, le rêve d’une vie vraie ».
La formule éclaire mieux le livre qu’une simple étiquette de genre. Chez Prudhomme, la route, la frontière ou le déplacement ne constituent généralement pas de simples décors. Ce sont des endroits où les personnages cessent momentanément d’être protégés par leurs habitudes.
De la route à la montagne
Ce déplacement vers un paysage de haute montagne ne constitue donc pas nécessairement une rupture aussi radicale qu’il pourrait y paraître.
Dans Par les routes, le mouvement et l’auto-stop occupaient une place centrale. Dans Coyote, l’écrivain reprenait la matière d’un voyage de 2 500 kilomètres effectué en auto-stop le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, à la rencontre de ceux qui vivent de part et d’autre de cette ligne politique et géographique.
De l’autre côté du lac semble conserver cette fascination pour les limites. La frontière n’est cette fois ni une route ni un mur : c’est la lisière d’une réserve dont les êtres humains sont exclus.
Le détail est loin d’être anecdotique. Une zone interdite pose immédiatement une question romanesque : que se passe-t-il lorsqu’un personnage décide de regarder, puis peut-être de franchir, l’endroit où il lui est demandé de s’arrêter ?
La photographe placée au centre du récit possède en outre un métier fondé sur le regard. Elle voit quelque chose que les autres ne voient pas. Sans connaître davantage du roman avant sa publication, cette donnée suffit déjà à installer une tension intéressante entre observation et interprétation. Voir ne signifie pas nécessairement comprendre ; être le seul à voir ne garantit pas davantage d’avoir raison.
Un auteur seynois devenu prix Femina
Pour les lecteurs du Var, la parution permet aussi de revenir sur un auteur dont le lieu de naissance est parfois moins connu que les livres.
Sylvain Prudhomme est né à La Seyne-sur-Mer en 1979. Il a passé une partie de son enfance dans plusieurs pays africains avant d’étudier les lettres et de développer une œuvre de romancier et de reporter. L’Afrique contemporaine a occupé une place importante dans ses premiers livres, notamment après ses années passées au Sénégal, au Niger, au Burundi ou à l’île Maurice.
Sa bibliographie raconte ensuite un élargissement constant des territoires. Là, avait dit Bahi paraît en 2012, Les Grands en 2014, Légende en 2016. Par les routes, publié en 2019, lui apporte le prix Femina et une reconnaissance beaucoup plus large.
Le succès n’a pourtant pas figé son écriture dans une formule. L’Enfant dans le taxi revenait vers une histoire familiale et les traces laissées par l’après-guerre. Coyote se rapprochait du reportage littéraire. Le livre annoncé pour août 2026 semble, lui, faire davantage de place au trouble, à l’isolement et à l’inconnu.
C’est probablement ce mouvement qui rend son parcours intéressant à suivre : chaque livre déplace le terrain sans abandonner complètement les questions du précédent.
La rentrée littéraire vue depuis le Var
La rentrée littéraire française a cette particularité de concentrer en quelques semaines un nombre considérable de parutions. Dans ce flot, les liens avec un territoire peuvent facilement disparaître derrière les catalogues des maisons d’édition et les premières sélections de prix.
La parution de De l’autre côté du lac rappelle que l’actualité littéraire nationale possède aussi des ramifications locales.
Il ne s’agit pas de présenter Sylvain Prudhomme comme un écrivain régionaliste : son œuvre ne l’est manifestement pas. Le fait qu’il soit né à La Seyne-sur-Mer n’autorise pas davantage à enfermer ses romans dans une identité varoise qu’ils ne revendiquent pas.
L’intérêt est précisément ailleurs. Un auteur né sur les bords de la Méditerranée, dont la vie et les livres ont traversé de nombreux territoires, publie aujourd’hui chez l’une des maisons les plus identifiées de la littérature française contemporaine. Son parcours rappelle que la vie littéraire d’un territoire ne se résume pas aux livres qui parlent directement de ce territoire.
Le Var produit aussi des écrivains qui partent, voyagent, changent de paysages et écrivent ailleurs.
Un livre attendu le 27 août
De l’autre côté du lac paraîtra le jeudi 27 août 2026 aux Éditions de Minuit. L’édition imprimée compte 288 pages ; une version numérique est également annoncée.
À ce stade, avant que les critiques et les lecteurs n’aient réellement pu confronter leurs impressions, mieux vaut ne pas prétendre savoir ce que vaut le roman. Une quatrième de couverture donne un climat, pas un jugement.
Elle permet cependant de constater que Sylvain Prudhomme choisit cette fois un territoire où l’humain n’est plus tout à fait chez lui. Une réserve interdite, un lac, une photographe qui voit ce que les autres ne voient pas, puis deux disparitions : le décor suffit à ouvrir une inquiétude.
Dix jours avant sa sortie, c’est déjà une raison raisonnable de garder ce livre à l’œil.


