Il y a, sur le papier, quelque chose d’inattendu dans cette rencontre. Boris Cyrulnik a consacré une grande partie de son travail aux mécanismes de l’attachement, aux traumatismes, à la résilience et à la manière dont les êtres humains se construisent au contact des autres. Bernard Werber, lui, a fait de la fiction un laboratoire où se croisent depuis des décennies science, philosophie, animaux, civilisations imaginaires et interrogations sur la place de l’être humain dans le vivant. Samedi 22 août, leurs chemins se croiseront à Toulon.
La rencontre est annoncée de 18 h 30 à 21 h au Théâtre Sainte-Jeanne d’Arc, situé 67 rue Docteur Fouques. Elle s’inscrit dans le festival Les Entretiens de l’été, organisé par Jérôme Lévy. Le thème retenu — « Du cerveau humain à la sagesse des arbres : comment reconstruire nos sociétés » — donne immédiatement la mesure de l’ambition : il ne s’agira pas seulement de présenter deux livres, mais de faire dialoguer deux regards sur l’individu, le collectif et le monde qui les entoure. Une séance de dédicaces doit suivre la conférence.
Deux livres, deux chemins vers la même question
Boris Cyrulnik arrive avec Au saccage des petits bonheurs, publié le 15 avril 2026 aux éditions Odile Jacob. L’ouvrage poursuit une réflexion qui traverse une grande partie de son travail : l’être humain ne se construit pas seul. Derrière la question de la civilisation, des relations et de ce qui permet à un individu de devenir pleinement humain apparaît celle du tissu social que nous fabriquons collectivement — et que nous pouvons également abîmer.
Le titre lui-même tranche avec le vocabulaire spectaculaire qui accompagne souvent les discours sur les crises contemporaines. Il parle de « petits bonheurs », donc de ce qui se joue à une échelle quotidienne : les liens, les habitudes, les relations humaines, les formes ordinaires de sécurité et d’attention aux autres. Ce déplacement du regard constitue probablement l’un des points les plus intéressants de la rencontre toulonnaise : réfléchir à l’avenir d’une société peut aussi commencer par observer ce qu’elle fait aux individus qui la composent.
Bernard Werber emprunte un chemin très différent. La Voix de l’arbre, paru le 1er octobre 2025 chez Albin Michel, mêle aventure, science et fiction autour d’une interrogation qui correspond bien à l’univers de l’écrivain : que se passerait-il si nous pouvions réellement entendre ce que les arbres ont à nous dire ? Le roman prend pour point de départ le monde forestier et les relations entre l’être humain et le vivant, en utilisant l’imaginaire comme moyen de déplacer notre point de vue.
Chez Werber, ce détour par d’autres espèces n’est d’ailleurs pas nouveau. Son œuvre a largement installé animaux, systèmes biologiques ou sociétés alternatives au centre du récit afin de regarder l’humanité depuis un autre angle. La rencontre avec Boris Cyrulnik devient alors moins improbable qu’elle ne le paraît : l’un observe ce qui permet aux humains de vivre et de se construire ensemble ; l’autre utilise la fiction pour demander si notre manière de regarder le monde n’est pas devenue trop exclusivement humaine.
Une rencontre qui dépasse la simple promotion littéraire
C’est précisément ce qui donne à ce rendez-vous un intérêt supérieur à celui d’une traditionnelle séance de présentation d’ouvrages. Les Entretiens de l’été ont choisi de réunir les deux auteurs autour d’une question commune et non de juxtaposer deux interventions. Le programme annonce également une réflexion allant « du voyage intérieur au destin collectif », formule qui résume assez bien le passage attendu de l’individu à la société.
Le rapprochement est particulièrement fertile parce que les méthodes diffèrent. Cyrulnik s’appuie sur son parcours de neuropsychiatre et sur les sciences humaines. Werber revendique le territoire du roman, de l’hypothèse et du récit. L’un cherche à comprendre les mécanismes par lesquels les êtres humains se construisent ; l’autre invente des situations permettant de déplacer les certitudes du lecteur. Il ne faut pas attendre de cette rencontre deux discours identiques. C’est probablement tout l’intérêt.
À une époque où les débats sur l’écologie, la cohésion sociale, les traumatismes collectifs et notre rapport au vivant occupent une place croissante, faire dialoguer ces approches à Toulon donne aussi à l’événement une dimension qui dépasse l’actualité éditoriale des deux invités. Sans prétendre qu’un débat de quelques heures apportera des réponses définitives, la rencontre remet le livre à une place parfois oubliée : non seulement un objet que l’on lit, mais un point de départ pour discuter.
La littérature comme lieu de conversation
Cette dimension compte dans la vie culturelle locale. Une actualité littéraire ne se résume pas aux nouvelles parutions ou aux piles dressées à l’entrée des librairies. Elle existe aussi lorsque les livres quittent momentanément leurs rayonnages pour devenir matière à conversation.
La présence simultanée de Boris Cyrulnik et Bernard Werber offre précisément cette possibilité. Les lecteurs familiers de leurs ouvrages pourront confronter deux univers très différents ; ceux qui connaissent principalement l’un des deux découvriront peut-être l’autre par ce jeu de correspondances inattendues.
La conférence du 22 août devrait ainsi parler de cerveau, d’arbres, de civilisation, de relations humaines et de futur. Beaucoup de sujets pour une seule soirée, certes. Mais derrière cette apparente dispersion se cache une question assez simple pour concerner tout le monde : comment continuer à vivre ensemble sans oublier que nous ne vivons pas seuls ?
La rencontre débutera samedi 22 août 2026 à 18 h 30 au Théâtre Sainte-Jeanne d’Arc, 67 rue Docteur Fouques à Toulon. La billetterie annonce une fin à 21 h et une séance de dédicaces à l’issue de la conférence. La réservation s’effectue dans le cadre des Entretiens de l’été.


