Il existe des écrivains dont on identifie immédiatement le rayon en librairie. Pascal Quignard n’en fait pas vraiment partie. Romans, fragments, méditations, essais, récits, textes sur la musique : depuis plusieurs décennies, son œuvre avance en refusant soigneusement de respecter les frontières que les catalogues aiment tracer.

C’est cet écrivain que l’Académie du Var a choisi pour sa rentrée solennelle. Mardi 29 septembre 2026, de 18 h 30 à 20 h, Pascal Quignard sera reçu à la médiathèque Chalucet de Toulon pour une rencontre intitulée « Accès au sublime ». Le rendez-vous, annoncé tout public, est organisé avec la Librairie Charlemagne.

Le titre de la rencontre pourrait sembler intimidant. Il correspond pourtant assez bien à une œuvre qui, depuis longtemps, cherche moins à raconter confortablement une histoire qu’à approcher ce qui précède parfois les mots : une sensation, un souvenir incertain, une musique, une absence, une image qui revient.

Un Goncourt qui n’a jamais choisi la facilité

Pour une partie du grand public, le nom de Pascal Quignard reste d’abord lié à Tous les matins du monde, roman publié en 1991 et devenu la même année un film d’Alain Corneau. L’histoire de Monsieur de Sainte-Colombe et de Marin Marais fit entrer auprès d’un public considérable un univers littéraire où la musique, le silence et la transmission occupaient déjà une place essentielle.

Onze ans plus tard, Les Ombres errantes recevait le prix Goncourt 2002. Le choix était remarquable : le livre constituait le premier volume de Dernier Royaume, vaste ensemble où la pensée, le récit, les souvenirs, l’histoire et la littérature circulent sans chercher à prendre la forme habituelle du roman. L’Académie Goncourt confirme l’attribution du prix à Pascal Quignard cette année-là.

Cette reconnaissance n’a pas rendu son œuvre plus conventionnelle.

Né en 1948 à Verneuil-sur-Avre, l’écrivain a publié notamment Le Salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde, Terrasse à Rome, Les Solidarités mystérieuses, Les Larmes ou L’Amour la mer. Il est également l’auteur de deux ensembles au long cours, Petits traités et Dernier Royaume, qui associent fiction, pensée et poésie. Les Éditions Hardies rappellent aussi son travail autour de performances, de la musique, de la danse butô et du théâtre.

Chez Quignard, écrire n’est donc pas seulement raconter.

C’est aussi chercher.

La mort, mais surtout ce qui lui échappe

L’année 2026 a apporté une nouvelle pièce à cette œuvre avec Il n’y a pas de place pour la mort, paru le 7 janvier aux Éditions Hardies. Le livre compte 160 pages et inaugure la collection « sable » de la jeune maison.

Le titre pourrait laisser attendre un livre sombre. Le texte emprunte pourtant une autre direction.

Des hommes et des femmes partent, se quittent, changent de lieu. Les souvenirs surgissent par fragments. Les paysages, la musique et les figures littéraires apparaissent puis s’effacent. Plusieurs lectures critiques réunies par l’éditeur ont insisté sur ce mouvement : davantage qu’un traité sur la fin, le livre travaille l’idée du départ et du recommencement, avec la mémoire comme matière instable.

Il y a là quelque chose de profondément quignardien. La mort est présente, mais ce qui intéresse l’écrivain semble souvent se situer juste à côté : ce qui subsiste, ce qui revient, ce que l’on entend encore après la disparition d’une voix.

La musique joue naturellement un rôle dans cette façon d’écrire. Chopin, Purcell, Haydn ou encore la tradition baroque traversent son univers. Pascal Quignard ne traite pas la musique comme un simple sujet culturel ajouté au texte : elle influence sa manière de construire le rythme, les interruptions, les reprises et parfois les silences eux-mêmes. Les Éditions Hardies présentent d’ailleurs Il n’y a pas de place pour la mort comme un texte où la musique, les souvenirs, les voyages et les figures disparues s’entrelacent constamment.

Que peut encore vouloir dire « le sublime » ?

C’est ce qui rend le titre choisi pour Toulon particulièrement intéressant.

Le mot « sublime » appartient à ces termes que l’on utilise parfois avec prudence aujourd’hui, tant ils semblent chargés d’histoire. Il évoque la philosophie, l’esthétique, les grandes œuvres, mais aussi cette expérience difficile à définir où la beauté cesse d’être simplement agréable.

Demander à Pascal Quignard de parler d’un « accès au sublime » n’est donc pas seulement inviter un écrivain consacré à présenter sa bibliographie.

La formule touche directement à ce que ses livres interrogent depuis longtemps : existe-t-il encore, dans une époque saturée d’images, de paroles et de sollicitations, des expériences capables de produire du silence ? Que fait une œuvre lorsque les mots habituels ne suffisent plus ? Pourquoi certaines musiques, certains textes ou certaines images semblent-ils atteindre une région que l’explication rationnelle peine à saisir ?

Il serait imprudent de prétendre connaître à l’avance la réponse que donnera Quignard le 29 septembre. C’est précisément ce qui donne son intérêt à la rencontre.

La littérature a aussi besoin de rendez-vous qui ne commencent pas par une réponse.

Chalucet comme lieu de conversation littéraire

Le choix de la médiathèque Chalucet n’est pas anodin non plus. Un écrivain récompensé par le Goncourt y sera reçu non dans le cadre d’un grand salon où les rencontres s’enchaînent rapidement, mais pour un rendez-vous consacré à une seule voix et à un seul sujet.

À Toulon, où la vie littéraire est volontiers associée à la Fête du livre du Var et aux rencontres organisées par les libraires, ce format apporte quelque chose de différent. Une médiathèque devient pour une soirée un lieu de conversation sur la littérature elle-même : ce qu’elle cherche, ce qu’elle peut encore atteindre et ce qui, parfois, lui résiste.

Il y a également une certaine cohérence à accueillir Pascal Quignard dans une bibliothèque.

Une large partie de son œuvre entretient un rapport presque physique avec les livres, les textes anciens et la transmission. Il ne s’agit pas seulement de citer ceux qui ont écrit avant lui. Les auteurs du passé reviennent dans ses pages comme des présences avec lesquelles la conversation demeure possible.

Cette manière d’écrire rappelle une évidence que les calendriers de nouveautés font parfois oublier : la littérature ne commence pas avec la rentrée de septembre et ne disparaît pas après l’attribution des prix de novembre.

Elle se construit aussi par reprises, lectures et filiations.

Un rendez-vous littéraire qui sort de l’agenda

Pascal Quignard sera donc à la médiathèque Chalucet mardi 29 septembre, de 18 h 30 à 20 h, pour « Accès au sublime », à l’invitation de l’Académie du Var et avec la Librairie Charlemagne.

Sur le papier, ce n’est qu’une date supplémentaire dans l’agenda culturel toulonnais.

Mais la présence d’un écrivain de ce parcours, prix Goncourt et auteur d’une œuvre qui continue de prendre des chemins peu prévisibles près d’un quart de siècle après cette récompense, donne au rendez-vous une autre dimension.

Le 29 septembre, il ne s’agira peut-être pas tant de savoir ce qu’est le sublime que de comprendre pourquoi la littérature continue de le chercher.