La rentrée littéraire est souvent racontée comme une avalanche de livres. Plusieurs centaines de romans arrivent presque simultanément sur les tables des libraires, les premiers prix commencent à se dessiner et quelques titres finissent par éclipser tous les autres.
À Toulon, l’une des rencontres annoncées pour prolonger cette rentrée au-delà des seules vitrines permettra justement de prendre le temps. Vendredi 25 septembre, de 18 h 30 à 20 h, la librairie Charlemagne accueillera Hemley Boum. La rencontre est annoncée dans le cadre de la Rentrée littéraire 2026 et sera consacrée à son nouveau roman, Nos vies sauvages.
Le livre, lui, arrivera un peu plus tôt. Gallimard en annonce la publication le 20 août dans la collection Blanche. Avec ses 336 pages, Nos vies sauvages ramène la romancière au Cameroun et place cette fois la politique au premier plan.
Une avocate face au pouvoir
Le roman s’ouvre au Cameroun en 2018.
Ndolo Elimbi est avocate. Son opposition au régime lui vaut d’être emprisonnée à Yaoundé. Derrière les murs de la prison revient notamment le souvenir d’Enow Alaka, ancien amour devenu opposant politique et contraint à l’exil. Une autre femme occupe une place centrale : la commissaire Zeinabou Ndam, qui connaît de l’intérieur les mécanismes du pouvoir et les accommodements sur lesquels il repose.
Le dispositif permet à Hemley Boum de faire se rencontrer plusieurs histoires : celle d’un amour, celle de femmes confrontées à des choix différents et celle d’un pays où la fidélité aux convictions peut avoir un prix très concret.
Gallimard présente le roman comme une fresque consacrée au désenchantement politique, aux ressorts de la corruption et à la capacité des femmes à faire front lorsqu’elles cessent d’agir isolément. Le récit traverse plusieurs décennies d’histoire camerounaise plutôt que de s’en tenir au seul temps de l’incarcération de son héroïne.
Cette dimension politique ne constitue pas une rupture dans l’œuvre de la romancière. Elle en prolonge plutôt l’un des fils les plus persistants : raconter l’Histoire à hauteur d’individus, par les familles, les amours, les silences et les fractures laissées d’une génération à l’autre.
L’Histoire sans quitter le roman
Hemley Boum est née au Cameroun et a grandi à Douala. Après des études d’anthropologie, puis de commerce international en France, elle a travaillé plusieurs années en entreprise avant de se consacrer à l’écriture. Ses romans ont progressivement construit une œuvre dans laquelle l’histoire camerounaise ne sert jamais simplement de toile de fond.
Les Maquisards revenait sur les luttes de libération du Cameroun et a reçu le Grand Prix littéraire d’Afrique noire. Les Jours viennent et passent suivait plusieurs générations confrontées aux bouleversements politiques et sociaux du pays, jusqu’aux violences contemporaines. Le roman a obtenu le prix Ahmadou-Kourouma en 2020.
En 2024, Le Rêve du pêcheur faisait dialoguer deux époques et deux trajectoires : celle de Zack, parti du Cameroun et devenu psychologue à Paris, et celle de son grand-père Zacharias, pêcheur confronté à la transformation brutale de son environnement économique. Le livre abordait aussi bien l’exil et la transmission familiale que l’exploitation des ressources et la fragilisation de communautés entières.
Le roman a valu à Hemley Boum plusieurs distinctions, dont le prix littéraire des Sciences Po en 2024 et le Grand prix Afrique en 2025.
Nos vies sauvages arrive donc après une période de reconnaissance importante, mais son intérêt ne tient pas au nombre de prix déjà accumulés par son autrice.
Ce qui se dessine à travers les premiers éléments disponibles est plutôt la continuité d’un projet littéraire : observer ce que les grands événements politiques font aux vies ordinaires.
La politique par ses conséquences
Écrire sur une dictature ou sur la corruption comporte toujours un risque pour le romancier : celui de voir les personnages disparaître derrière le sujet.
Les livres précédents d’Hemley Boum montrent précisément une autre méthode. L’histoire collective entre dans le roman parce qu’elle bouleverse une relation amoureuse, un village, une famille, une ambition ou un départ. La politique n’est pas placée au-dessus des personnages ; elle arrive dans leur existence et en modifie les possibilités.
Nos vies sauvages semble reprendre ce principe avec une intensité particulière.
Une avocate est privée de liberté parce qu’elle s’oppose au pouvoir. Un homme a dû partir. Une commissaire connaît les compromis du système. Ces positions différentes permettent de regarder un même régime depuis plusieurs endroits et évitent, au moins dans la construction annoncée du livre, le simple partage entre héros irréprochables et figures anonymes du pouvoir.
Le choix de personnages féminins au premier plan s’inscrit également dans la continuité de l’œuvre. Chez Hemley Boum, les femmes ne sont pas seulement témoins d’une histoire politique écrite par d’autres. Elles transmettent, résistent, composent avec les contraintes et prennent des décisions dont les conséquences traversent parfois plusieurs générations.
Une rencontre plutôt qu’une simple séance de signatures
C’est ce qui donne au rendez-vous toulonnais un intérêt supérieur à celui d’une simple dédicace.
Recevoir une romancière quelques semaines après la publication d’un livre permet de sortir du rythme particulier de la rentrée littéraire, où le lecteur se trouve souvent confronté à des dizaines de couvertures avant même d’avoir eu le temps d’en ouvrir une.
Le 25 septembre, Nos vies sauvages aura déjà passé un peu plus d’un mois en librairie. Les premiers lecteurs auront pu se faire une opinion et la rencontre pourra porter sur le texte lui-même : sa construction, son rapport à l’histoire camerounaise, ses personnages et la place de la politique dans le travail de la romancière.
Pour une ville où l’actualité du livre se concentre parfois autour des grands rendez-vous annuels, notamment la Fête du livre du Var, ce type de rencontre en librairie joue un rôle différent. Il installe la littérature dans un espace plus réduit, plus régulier et propice à une véritable conversation entre auteur et lecteurs.
La rentrée littéraire arrive aussi à Toulon
Il serait facile de considérer la rentrée littéraire comme un phénomène essentiellement parisien : éditeurs concentrés dans la capitale, jurys de grands prix, émissions nationales et lancement médiatique de centaines de nouveautés.
Les livres, pourtant, ne prennent réellement leur place qu’au moment où ils commencent à circuler.
Ils arrivent sur les tables des librairies, sont conseillés, empruntés, discutés, parfois abandonnés puis repris. Des auteurs quittent le circuit des interviews nationales pour rencontrer quelques dizaines ou quelques centaines de lecteurs dans une ville.
C’est précisément ce qui se produira à Toulon avec Hemley Boum.
Nos vies sauvages paraîtra le jeudi 20 août chez Gallimard. Un peu plus d’un mois plus tard, le vendredi 25 septembre, son autrice sera à la librairie Charlemagne Toulon de 18 h 30 à 20 h pour rencontrer le public.
Entre ces deux dates, il restera aux lecteurs quelque chose que les calendriers de rentrée oublient parfois : le temps de lire.


