Il y a des histoires dont on connaît parfois l’issue avant même d’en ouvrir le livre et qui conservent pourtant intacte leur capacité à nous tenir en haleine. Celle de Nome, petite ville d’Alaska isolée par l’hiver en 1925, appartient à cette catégorie. Claudie Gallay s’en empare dans La promesse des chiens, qu’elle viendra présenter jeudi 8 octobre à 19 heures à la librairie Charlemagne de La Seyne-sur-Mer, dans le cadre d’Automne en librairies.

La rencontre sera suivie d’une séance de dédicaces. Elle offre surtout l’occasion de retrouver une romancière qui, depuis une quinzaine de livres, construit une œuvre où les paysages ne servent jamais simplement de décor. Chez elle, les lieux enferment, protègent, façonnent les êtres et finissent parfois par devenir des personnages à part entière.

Cette fois, le décor est celui du Grand Nord.

Une ville coupée du monde

Nous sommes à Nome, sur la côte ouest de l’Alaska, en 1925. La mer de Béring se fige, l’hiver referme progressivement la ville et les déplacements deviennent difficiles. Betty, arrivée de Seattle par l’un des derniers bateaux, découvre une communauté isolée où chacun semble devoir trouver sa place avant les longs mois de froid.

Elle gagne sa vie en effectuant des heures de ménage, notamment dans un établissement tenu par Madame Augusta et au dispensaire dirigé par le docteur Curtis.

Puis plusieurs enfants tombent malades.

La possibilité d’une épidémie de diphtérie transforme brutalement l’isolement géographique en menace. Le sérum susceptible de les sauver se trouve à près de mille kilomètres. Dans ces conditions, le problème n’est plus seulement médical : il faut parvenir à transporter le remède jusqu’à Nome alors que l’hiver rend le trajet presque impraticable.

C’est là que commencent la course et l’attente.

Des attelages de chiens sont lancés sur la piste. Dans la ville, ceux qui restent ne peuvent qu’espérer.

Claudie Gallay choisit ainsi de bâtir son roman autour d’un épisode historique spectaculaire sans en faire seulement un récit d’aventures. La course au sérum de Nome est restée célèbre pour les mushers et les chiens de traîneau qui se relayèrent afin d’acheminer le traitement. Mais La promesse des chiens déplace aussi le regard vers celles et ceux qui vivent l’événement depuis l’intérieur de la communauté.

L’aventure collective plutôt que le héros solitaire

Ce choix rejoint un thème récurrent dans les romans de Claudie Gallay : ce qui se joue entre des individus contraints de vivre les uns avec les autres.

La romancière s’est fait connaître d’un large public avec Les Déferlantes, paru en 2006 aux éditions du Rouergue et récompensé notamment par le Prix des lectrices de Elle. Elle a ensuite poursuivi son travail romanesque au Rouergue puis chez Actes Sud, avec des livres où reviennent souvent le silence, les blessures anciennes, l’attachement aux lieux et les liens fragiles entre les êtres.

Les Jardins de Torcello, publié en 2024 chez Actes Sud, conduisait encore le lecteur vers un territoire fortement identifié. La promesse des chiens change radicalement de latitude mais conserve cette importance accordée au milieu et au groupe.

L’hiver de Nome ne constitue pas seulement une toile de fond spectaculaire. Il impose ses règles aux personnages : vivre avec peu, attendre, dépendre des autres et accepter qu’aucun individu ne puisse résoudre seul la situation.

C’est peut-être là que l’épisode historique prend une résonance particulière aujourd’hui. Derrière l’exploit physique des attelages apparaît une organisation fondée sur les relais. Pour que le sérum avance, chacun doit accomplir une partie du parcours puis transmettre à un autre.

Le héros unique s’efface derrière une chaîne humaine et animale.

Une rencontre littéraire à La Seyne

La venue de Claudie Gallay à La Seyne-sur-Mer s’inscrit dans Automne en librairies, manifestation portée par Les Libraires du Sud et organisée à travers plusieurs librairies de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Pour les lecteurs de la métropole toulonnaise, le rendez-vous permet d’abord de rencontrer une romancière dont les livres ont acquis depuis deux décennies une place solide dans la littérature française contemporaine. Mais il donne aussi l’occasion d’interroger la manière dont un écrivain transforme un événement réel en matière romanesque.

Comment écrire une histoire dont les grandes lignes appartiennent déjà à l’Histoire ? Où placer les personnages inventés lorsque la réalité fournit elle-même un récit hors norme ? Et comment éviter que le spectaculaire n’efface les existences ordinaires ?

La promesse des chiens semble précisément chercher son équilibre dans cet espace : celui qui sépare le fait historique du roman, l’exploit collectif des destins individuels, la survie physique de ce qui permet encore à une communauté de tenir ensemble.

La rencontre avec Claudie Gallay aura lieu jeudi 8 octobre 2026 à 19 heures à la librairie Charlemagne, 27 quai Gabriel-Péri à La Seyne-sur-Mer.