Il y a les anniversaires que l’on célèbre en comptant les bougies, et ceux qui donnent l’occasion de regarder ce qu’un événement a réellement laissé derrière lui. Design Parade appartient cette année à la seconde catégorie.
Lancé à Hyères en 2006 autour du design d’objet, le festival porté par la villa Noailles a ajouté dix ans plus tard un volet consacré à l’architecture d’intérieur à Toulon. En 2026, les deux calendriers se rejoignent donc naturellement : vingt ans pour l’un, dix ans pour l’autre. Une double échéance dont les expositions restent visibles en cette seconde moitié d’août.
À Hyères, les expositions de Design Parade se poursuivent à la villa Noailles jusqu’au 30 août. À Toulon, l’exposition anniversaire « 20 + 10 : Génération(s) Design Parade » demeure présentée jusqu’au 29 août dans la salle d’exposition de la médiathèque Chalucet, installée dans l’ancienne chapelle. L’accès à cette dernière est gratuit.
Vingt années devenues une histoire
Vingt ans constituent une durée suffisamment longue pour qu’un festival commence à posséder sa propre histoire.
Design Parade est né avec l’ambition de faire connaître de jeunes créateurs tout en leur offrant davantage qu’une exposition ponctuelle. Chaque année, dix jeunes designers d’objet et dix jeunes architectes d’intérieur sont sélectionnés. Le dispositif repose sur des concours, mais également sur un accompagnement, des collaborations avec des artisans et des professionnels, ainsi que sur la production et la diffusion des projets.
Cette mécanique explique en partie pourquoi l’anniversaire de 2026 dépasse la simple rétrospective.
À Toulon, « 20 + 10 : Génération(s) Design Parade » revient sur l’histoire du festival à travers une carte blanche confiée au commissaire David Giroire. Les projets réunis montrent des recherches sur les matériaux, des expérimentations techniques et différentes manières d’interroger les usages. Le parcours permet surtout de constater comment des propositions qui semblaient parfois prospectives au moment de leur présentation ont participé, année après année, à construire l’identité de Design Parade.
L’architecture intérieure et la Méditerranée
Le volet toulonnais possède une identité particulière. Depuis sa création en 2016, son concours d’architecture d’intérieur travaille autour d’une question directement liée au territoire : « comment vivre en Méditerranée ? »
La formule pourrait facilement se réduire à une esthétique faite de soleil, de couleurs claires et de références au bord de mer. Les projets présentés au fil des éditions ont pourtant élargi la question aux usages, aux matériaux, à la manière d’habiter et au rapport entre espaces privés, climat et environnement.
C’est là que l’implantation toulonnaise prend son sens. La ville et, plus largement, la métropole ne servent pas uniquement de décor à un festival conçu ailleurs. Le territoire méditerranéen devient lui-même une matière de réflexion.
Design Parade a ainsi contribué à installer dans le paysage culturel local un domaine qui reste moins spontanément identifié par le grand public que la peinture, la photographie, la musique ou la littérature : l’architecture d’intérieur.
Hyères et Toulon réunis pour l’édition anniversaire
L’édition 2026 modifie également les habitudes du festival. Pour la première fois, la villa Noailles rassemble à Hyères les expositions des deux concours, design d’objet et architecture d’intérieur, dans ses espaces historiques, dont certains ont été exceptionnellement ouverts pour l’occasion.
Sous la direction artistique de Julie Liger, l’édition met notamment en avant les finalistes 2026 et les lauréats 2025 Simon Dupety, Thomas Takada et Malo Gagliardini. Pour les jurys, le design d’objet a été placé sous la présidence de Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, du studio suédois Front, tandis que Laura Gonzalez a présidé le jury consacré à l’architecture d’intérieur.
Au-delà des noms, ce rassemblement permet surtout de lire les deux branches de Design Parade comme les parties d’une même histoire. L’objet dialogue avec l’espace qui l’accueille ; le mobilier rencontre l’architecture ; les matériaux et les usages circulent d’une discipline à l’autre.
Cette proximité paraît aujourd’hui évidente. Elle l’était moins lorsque les deux manifestations ont été créées à dix années d’intervalle.
Un festival qui a changé d’échelle sans quitter le Var
En deux décennies, Design Parade s’est développé tout en conservant son ancrage à Hyères et Toulon. La villa Noailles rappelle que le projet a été imaginé par son fondateur Jean-Pierre Blanc afin de soutenir de nouveaux créateurs, de les mettre en relation avec les savoir-faire du territoire et de favoriser le passage du projet à sa réalisation.
Cette permanence locale compte probablement autant que l’anniversaire lui-même.
Les grands rendez-vous culturels sont souvent associés à l’idée de déplacement : il faudrait rejoindre Paris, une capitale européenne ou un grand centre artistique pour rencontrer la création contemporaine. Design Parade propose depuis vingt ans le mouvement inverse. Des designers, architectes, professionnels et visiteurs viennent à Hyères et Toulon, tandis que des créateurs émergents y trouvent un espace où présenter et développer leur travail.
Pour le public varois, les derniers jours d’août ne représentent donc pas seulement l’occasion de voir une exposition avant sa fermeture. Ils permettent de parcourir une partie de l’histoire culturelle récente du territoire.
À Toulon, « 20 + 10 : Génération(s) Design Parade » est accessible jusqu’au samedi 29 août, du mardi au samedi de 11 h à 14 h puis de 15 h à 18 h, à la médiathèque Chalucet. L’entrée est gratuite. À Hyères, les expositions de la villa Noailles se poursuivent jusqu’au dimanche 30 août, du mercredi au dimanche de 14 h à 19 h ; leur accès est payant.
Vingt ans après ses débuts, Design Parade peut désormais être observé sous deux angles : comme un festival consacré à la création de demain, mais aussi comme un morceau de l’histoire culturelle contemporaine de Toulon et d’Hyères. C’est précisément ce que cette édition anniversaire rend visible.


