Il faut commencer par un carnet de bord. Ensuite, accepter qu’un terrible pirate ait libéré une créature apocalyptique dans l’espoir de devenir le maître des sept mers. Pour empêcher le désastre, il reste à parcourir les médiathèques de Toulon et à résoudre les mystères d’un livre maudit.

Le scénario pourrait ouvrir un roman jeunesse ou une partie de jeu de rôle. Il sert pourtant de fil conducteur à une opération bien réelle du réseau des médiathèques toulonnaises : « Pirates des Cara'Bib 2 : Le Secret du Livre maudit ». Le jeu de piste se poursuit jusqu’au samedi 29 août 2026, pendant les horaires d’ouverture des établissements. Il est accessible dès 7 ans, en famille, et l’entrée est libre.

L’idée est simple, mais plutôt habile : au lieu de demander aux jeunes lecteurs de venir jusqu’à la bibliothèque pour y rester, on leur donne une raison d’en repartir… afin d’aller découvrir la suivante.

La bibliothèque comme territoire d’aventure

Le parcours concerne l’ensemble du réseau des médiathèques de Toulon. Chaque étape participe à une histoire commune et le carnet de bord permet d’avancer dans l’enquête. La bibliothèque cesse ainsi, pendant quelques heures, d’être seulement le lieu dans lequel on emprunte un livre. Elle devient une étape du récit.

Cette façon d’utiliser le jeu n’est pas tout à fait nouvelle à Toulon. Une première édition des « Pirates des Cara'Bib » avait déjà été organisée en 2022. Le principe consistait alors à explorer plusieurs « îles-bibliothèques » pour résoudre des énigmes et partir à la recherche d’un trésor. Quatre ans plus tard, le retour du concept montre qu’il ne s’agissait pas simplement d’une animation isolée.

La formule possède surtout une qualité : elle ne présente pas la lecture comme l’activité raisonnable que les adultes essaieraient péniblement d’opposer aux loisirs jugés plus amusants. Elle utilise au contraire certains ressorts du jeu — progression, énigmes, exploration, scénario — pour ramener naturellement vers les livres et vers les lieux qui les abritent.

Une question qui dépasse largement Toulon

Ce choix prend un relief particulier en 2026. La dernière étude du Centre national du livre consacrée aux 7-19 ans montre que les jeunes Français consacrent en moyenne 18 minutes par jour à la lecture de livres pendant leurs loisirs, contre 3 h 01 aux écrans. L’enquête, menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 500 jeunes, constate également un recul de la lecture régulière.

Ces chiffres ne signifient évidemment pas que les écrans seraient les ennemis naturels du livre. Ils montrent plutôt à quel point la lecture doit désormais trouver sa place au milieu d’une offre de loisirs considérable et immédiatement disponible.

Demander simplement aux enfants de « lire davantage » risque dans ce contexte de rester un vœu pieux. Leur proposer une aventure dans laquelle le livre devient un objet mystérieux, une piste à suivre ou la porte d’entrée d’un univers est une réponse plus concrète.

C’est également le sens du thème retenu en 2026 par Partir en Livre, la manifestation nationale organisée par le Centre national du livre : « Nos petits et grands héros ». Le festival national s’est déroulé du 17 juin au 19 juillet, mais le jeu toulonnais, inscrit dans la programmation locale liée à ce temps fort, poursuit son parcours jusqu’à la fin du mois d’août.

Faire entrer le jeu dans les médiathèques

Le jeu de piste n’est d’ailleurs pas seul à témoigner de cette évolution. La programmation estivale du réseau toulonnais fait cohabiter livres, ateliers créatifs, jeux de société et jeux vidéo. Le 19 août, la médiathèque Chalucet organise ainsi un challenge autour du jeu vidéo « Schtroumpfs Village Party », tandis qu’une finale réunissant quatre joueurs est annoncée le 26 août. Le 22 août, deux ateliers destinés aux enfants de 4 à 8 ans doivent également les initier à la création d’un nuancier inspiré du design.

Vu de loin, certains pourraient y voir une bibliothèque qui s’éloigne du livre. C’est peut-être exactement l’inverse.

La médiathèque contemporaine n’a plus nécessairement intérêt à dresser des frontières entre les pratiques culturelles. Un enfant peut venir pour un jeu, découvrir un album, revenir pour un atelier, emprunter une bande dessinée puis, quelques années plus tard, passer au roman. Toutes ces pratiques ne se concurrencent pas systématiquement.

La bibliothèque devient alors moins un sanctuaire silencieux qu’un point d’entrée dans la culture.

Donner une raison d’ouvrir la porte

C’est sans doute là que « Pirates des Cara'Bib 2 » devient plus intéressant qu’une simple animation estivale.

Pour aimer les bibliothèques, encore faut-il les connaître. Pour emprunter des livres, il faut avoir franchi leur porte une première fois. Et pour qu’un enfant considère naturellement une médiathèque comme l’un des lieux possibles de ses loisirs, il n’est pas obligatoire que sa première visite commence par la lecture silencieuse d’un classique.

Elle peut commencer par un pirate.

Le procédé paraît presque trop évident : raconter une histoire pour conduire vers d’autres histoires. Pourtant, cette mécanique rejoint l’un des principes les plus anciens de la littérature jeunesse. Avant même d’apprendre à analyser un texte, on lit parce que l’on veut savoir ce qui se passe ensuite.

Où est le monstre ? Que contient le livre maudit ? Quelle énigme attend dans la prochaine médiathèque ?

Ce sont de petites questions. Mais elles créent ce que toutes les campagnes en faveur de la lecture cherchent finalement à provoquer : l’envie de tourner la page.

À Toulon, cette page peut cet été conduire d’une médiathèque à l’autre. « Pirates des Cara'Bib 2 : Le Secret du Livre maudit » reste accessible jusqu’au 29 août 2026 sur l’ensemble du réseau, aux horaires d’ouverture, gratuitement et dès l’âge de 7 ans.