Septembre approche et, avec lui, le retour des réveils trop matinaux, des emplois du temps et des cahiers qu’il faudra tenter de garder propres plus de deux semaines.

La librairie Charlemagne de Toulon a prévu une rentrée un peu différente. Samedi 5 septembre, de 14 h à 18 h, elle recevra Amandine et Drac pour une séance de dédicace consacrée à plusieurs séries bien connues des rayons jeunesse. Le rendez-vous se tiendra à la librairie du 50 boulevard de Strasbourg.

Amandine est notamment associée à Mistinguette et à son univers dérivé autour d’Anissa. Drac travaille pour sa part sur Les Filles au chocolat et La Brigade des cauchemars. Les Éditions Jungle les réunissent régulièrement lors de festivals et salons consacrés à la bande dessinée jeunesse.

Sur le papier, une dédicace de bande dessinée peut sembler être un petit événement dans l’agenda littéraire de septembre. Mais il existe une raison de s’y arrêter : pendant que la rentrée littéraire pour adultes aligne romans de 400 pages, prix à venir et débats critiques, la littérature jeunesse continue tranquillement de fabriquer ses propres lecteurs.

Et elle commence souvent avec un dessin.

Des héroïnes qui ressemblent à leurs lecteurs

Mistinguette appartient à cette bande dessinée jeunesse qui préfère les tracas quotidiens aux grandes batailles intergalactiques.

Chloé, son héroïne, traverse l’école, les amitiés, les rivalités, les vacances, les premières inquiétudes et tous ces événements qui prennent une importance considérable lorsqu’on a l’âge de les vivre.

Amandine en assure le dessin aux côtés du scénariste Greg Tessier. Dans La course au trésor, quinzième tome de la série, Chloé part par exemple avec son école dans un château pour participer à une compétition sportive. Elle doit composer avec son amie Fatoumata, les provocations d’Anissa et un groupe de garçons plutôt envahissants.

Rien qui menace la planète.

Et c’est précisément l’intérêt.

Une partie de la bande dessinée jeunesse fonctionne parce qu’elle prend au sérieux des situations que les adultes ont parfois oublié de considérer comme importantes : se sentir exclu d’un groupe, essayer de conserver une amitié, craindre le regard des autres, trouver sa place dans une classe ou simplement survivre à un anniversaire qui tourne mal.

Le spécial anniversaire de Mistinguette joue d’ailleurs directement avec ce registre. Fatoumata renonce à organiser sa fête par peur de se retrouver en concurrence avec l’anniversaire d’Anissa, jusqu’à ce que Mistinguette décide d’intervenir.

La grande aventure, parfois, consiste simplement à passer un samedi après-midi sans catastrophe sociale.

Du chocolat aux cauchemars

Avec Drac, le ton peut changer radicalement.

La dessinatrice et coloriste est notamment associée à deux séries que peu de choses semblent rapprocher au premier regard : Les Filles au chocolat et La Brigade des cauchemars. Les Éditions Jungle la présentent régulièrement sur ces deux univers lors de leurs rendez-vous publics.

Les Filles au chocolat, adaptation en bande dessinée de l’univers de Cathy Cassidy, évolue dans les histoires familiales, sentimentales et adolescentes.

La Brigade des cauchemars préfère, comme son nom le laisse deviner, les nuits nettement moins tranquilles.

La série imaginée par Franck Thilliez met notamment en scène Tristan et Esteban, deux adolescents capables d’intervenir dans les cauchemars d’enfants afin d’en comprendre l’origine. Dès le premier tome, une jeune fille nommée Sarah est accueillie dans une clinique et les deux garçons doivent pénétrer dans son univers nocturne.

Au fil des albums, le principe s’est élargi aux souvenirs, aux secrets de la clinique et à une intrigue plus vaste. Dans le tome 9, Elisa, la Brigade découvre notamment que Mordicus a utilisé la jeune fille pour obtenir des informations sur la clinique.

On est assez loin des histoires de collège de Mistinguette.

C’est justement ce qui rend la rencontre du 5 septembre amusante : sur une même table de dédicaces peuvent se croiser les petites catastrophes de la vie adolescente et des machines permettant de pénétrer dans des cauchemars.

La littérature jeunesse n’a jamais été un genre

Parler de « littérature jeunesse » donne parfois l’impression qu’il s’agirait d’un genre unique.

C’est surtout une indication d’âge.

À l’intérieur, tout ou presque peut exister : humour, fantastique, chronique scolaire, enquête, romance, aventure, horreur légère, adaptation littéraire ou récit initiatique.

La bande dessinée accentue encore cette diversité parce que l’image permet d’entrer rapidement dans un univers. Un enfant qui hésiterait devant un roman dense peut se laisser attraper par une couverture, une expression de personnage ou quelques cases feuilletées debout devant une étagère.

Cela ne signifie pas que la bande dessinée serait une version simplifiée de la lecture.

Elle demande simplement autre chose.

Il faut lire les dialogues, observer les dessins, comprendre ce qui se passe entre deux cases, repérer un changement d’expression et reconstruire les mouvements que le papier ne peut évidemment pas montrer.

Le lecteur travaille sans forcément avoir l’impression de travailler.

Pour une rentrée scolaire, ce n’est pas forcément le pire des stratagèmes.

Une dédicace à hauteur d’enfant

Les séances de dédicaces possèdent également quelque chose de particulier lorsqu’elles concernent la bande dessinée.

Un romancier signe généralement son nom et échange quelques mots avec son lecteur. Un dessinateur peut laisser apparaître, en quelques traits, un personnage que l’enfant connaissait jusque-là uniquement imprimé à des milliers d’exemplaires.

Le livre change alors légèrement de statut.

Il n’est plus seulement acheté.

Il devient celui dans lequel quelqu’un a dessiné spécialement quelque chose.

Pour de jeunes lecteurs, découvrir que derrière un album se trouve une personne qui dessine, recommence, invente des personnages et travaille pendant des mois sur quelques dizaines de pages peut également rendre la fabrication d’un livre beaucoup plus concrète.

Amandine et Drac sont habituées à ces rencontres. Les Éditions Jungle les programment régulièrement dans les grands rendez-vous de bande dessinée et de littérature jeunesse, notamment à Quai des Bulles ou au Salon du livre et de la presse jeunesse.

Le 5 septembre, cette expérience passera par Toulon.

Une autre façon de préparer la rentrée

Il ne faut probablement pas attendre d’une séance de dédicace qu’elle transforme soudainement chaque enfant en lecteur passionné.

La lecture fonctionne rarement sur commande.

Mais elle possède un avantage considérable lorsqu’elle commence par le plaisir : personne n’a besoin d’expliquer à un enfant qu’il est en train d’acquérir du vocabulaire ou d’apprendre à suivre une narration lorsqu’il veut simplement savoir comment la Brigade va sortir d’un cauchemar.

La rencontre organisée à Toulon tombe donc à un moment assez bien choisi.

Quelques jours après la rentrée scolaire, elle permettra de rappeler qu’un livre n’est pas obligatoirement quelque chose que l’on ouvre parce qu’un professeur l’a demandé.

Il peut contenir une peste qui gâche un anniversaire.

Une famille passionnée de chocolat.

Ou une machine permettant d’entrer dans les cauchemars.

Samedi 5 septembre, de 14 h à 18 h, Amandine et Drac seront en dédicace à la librairie Charlemagne Toulon, 50 boulevard de Strasbourg. Le rendez-vous est consacré notamment à Anissa, la meilleure amie de Mistinguette, aux Filles au chocolat et à La Brigade des cauchemars.

Après tout, puisqu’il faut bien retourner à l’école, autant conserver quelques bulles pour la sortie.