Imaginé en 2005 par le Conseil départemental et orchestré par la Médiathèque départementale, ce prix n'a rien de l'entre-soi parisien. C'est une véritable fête démocratique de la lecture qui irrigue tout le territoire à travers l'opération « Le Var, lire en territoire »,près de cent rencontres, ateliers et spectacles qui font vibrer les bibliothèques varoises avant le grand rendez-vous automnal : la Fête du Livre du Var, au Palais Neptune de Toulon.
Le principe ? Neuf ouvrages récents en compétition, répartis en trois catégories, et une seule consigne : la liberté absolue donnée aux lecteurs pour désigner leurs coups de cœur avant la remise des prix du 20 au 22 novembre.
Catégorie Roman : L'apprentissage, la mémoire et le chaos
La sélection fiction fait la part belle aux premiers romans audacieux et aux voix singulières qui auscultent le cœur humain :
On l'appelait Bennie Diamond de Michaël Dichter (Éditions Les Léonides) mon préféré! mais chut!
Réalisateur venu à l'écriture, Dichter nous embarque dans les coulisses feutrées et fiévreuses de la Bourse des diamantaires des années 1970. À travers les pas du jeune Bennie Goodman, fasciné par le fantôme de son grand-père, le texte offre une fresque d'apprentissage palpitante sur l'ambition, la transmission et la quête d'identité.
Les courants d'arrachement d'Élise Lépine (Grasset)
Aujourd'hui journaliste au Point et voix familière de France Culture, Élise Lépine livre une partition intime bouleversante. On y suit Reine, au bord de la falaise de Casablanca, hantée par le souvenir de son amour perdu et face au vide. C'est une méditation poignante sur la captivité des sentiments, le poids du passé et le choix ultime d'exister.
Le ciel l'a mauvaise d'Éléa Marini (Éditions L'Olivier)
Une écriture visuelle, incisive. Dans une atmosphère lourde de tempête et d'incertitude, trois solitudes — un gamin confronté à la maladie de sa mère, une femme déracinée et un colosse reclus — finissent par s'entrechoquer. Un premier roman d'une belle intensité chorale, qui cherche la lumière au cœur de la débâcle.
Catégorie Bande Dessinée : Contes du monde et alchimies visuelles
Du grand large d'Hokkaidō aux ateliers d'artistes plasticiens, le 9ᵉ art déploie une sensibilité remarquable :
Nepka de Séverine Vidal et Nina Ramsey (Robert Laffont)
Un conte initiatique envoûtant sur l'île d'Hokkaidō. Lorsqu'une jeune fille décide de soustraire une oursonne aux rituels animistes de son peuple, la quête devient épopée. Le dessin organique de Nina Ramsey résonne magnifiquement avec la plume toujours juste de Séverine Vidal.
L'envers de nos décors de Thomas Scotto et Carole Chaix (Éditions du Pourquoi pas)
Rencontre au sommet entre la poésie ciselée de Scotto et le trait sculptural de Carole Chaix. Un ouvrage singulier qui transforme le livre en objet d'art vivant où pâte à modeler et fil de fer dialoguent avec le texte.
Le temps des pivoines d'Aucha et Maxime Belloche (Glénat)
Un travail narratif d'une belle fraîcheur, fruit du complot créatif entre une scénariste autodidacte passionnée et un dessinateur nourri d'horizons lointains.
Catégorie Album : La grâce de l'enfance et l'appel de l'été
La chasse aux rainettes d'Antonin Faure (Éditions Thierry Magnier)
L'aventure à hauteur d'enfant. Quatre cousins, un trésor caché dans la forêt et une grotte souterraine illuminée de lucioles : un album lumineux qui redonne à l'imaginaire enfantin toute sa magie.
Le jeu du plus qu'un jour d'Audrey Poussier (L'école des loisirs)
Avec une peinture à l'huile soyeuse aux teintes hopperiennes, cet album offre une méditation d'une douceur infinie sur la fin des vacances, la nostalgie du départ et le réconfort des mimosas en fleur.
Le grand large de Mathilde Bédouet (Didier Jeunesse)
Adapté de son propre court-métrage d'animation Été 96 (sacré aux César), cet album capte avec une justesse folle le basculement d'un été breton bloqué par la marée, ce moment charnière où l'enfance s'efface pour laisser poindre l'autonomie.
Ce qui fait la beauté du Prix des lecteurs du Var, c'est son exigence partagée. L'an dernier, le public avait couronné Sophie de Baere (Le secret des mères), le tandem Pauline Pinson/Magali Le Huche (Poisson fesse) et la BD Mitsuo de Jérôme Hamon et Gijé.
Cette sélection prouve une fois de plus que la littérature contemporaine est vivante, vibrante et profondément ancrée dans l'humain. Que vous déposiez votre bulletin dans la médiathèque de votre village ou que vous votiez directement en ligne sur le site officiel, vous avez jusqu'au 7 novembre pour faire entendre votre voix critique !
