L’enfant est puni.

Furieux, il maltraite les objets qui l’entourent et s’en prend au monde familier de la maison.

Puis ce monde se réveille.

C’est l’idée merveilleusement simple de « L’Enfant et les Sortilèges », fantaisie lyrique de Maurice Ravel composée sur un texte de Colette : les meubles, les animaux, les plantes et les personnages de l’imaginaire cessent soudain d’être le décor silencieux de l’enfance.

Ils répondent.

L’Opéra de Toulon présentera l’œuvre hors les murs samedi 3 octobre au Zénith, avec deux séances annoncées à 14 h 30 et 20 heures. La production est explicitement proposée comme un rendez-vous familial et l’œuvre sera chantée en français, avec surtitrage français.

Quand Colette rencontre Ravel

La rencontre artistique derrière l’œuvre est déjà singulière.

D’un côté, Colette, immense écrivaine du XXe siècle, dont la littérature n’a jamais cessé d’observer les sensations, les animaux, l’enfance et le monde naturel avec une précision presque tactile.

De l’autre, Ravel, capable d’orchestrer cette matière sans l’écraser sous le sérieux.

Le résultat tient de l’opéra, du conte et du rêve.

Les objets possèdent une voix, les animaux expriment leur propre souffrance et l’enfant découvre progressivement que le monde n’existe pas uniquement pour lui.

Sous l’apparence fantastique se cache donc une histoire assez morale, mais sans lourdeur : il faut apprendre à regarder ce que l’on blesse.

L’opéra sans le cérémonial

Le choix du Zénith est également intéressant.

Présenter cette œuvre hors du bâtiment historique de l’Opéra change nécessairement le rapport au spectacle.

Pour une famille qui n’a jamais franchi les portes d’une maison d’opéra, le Zénith peut paraître moins codifié, moins impressionnant.

« L’Enfant et les Sortilèges » s’y prête particulièrement bien parce que l’œuvre refuse elle-même la solennité.

Elle joue, change de ton, fait parler des créatures improbables et utilise l’orchestre comme une boîte à couleurs.

Une première fois possible

Les institutions culturelles parlent souvent de « renouvellement des publics ». L’expression peut sembler administrative.

Dans les faits, cela commence parfois beaucoup plus simplement : choisir une œuvre qui puisse être comprise sans mode d’emploi et permettre à un enfant de découvrir une voix lyrique sans lui demander auparavant de connaître deux siècles d’histoire musicale.

Le 3 octobre, « L’Enfant et les Sortilèges » aura cette fonction à Toulon.

Faire comprendre que l’opéra n’est pas nécessairement une affaire de palais, de rois mourants et de passions tragiques.

Il peut aussi commencer par un enfant de mauvaise humeur.

Et un fauteuil qui décide qu’il en a assez.