Il suffit de chercher un vieux code de triche pour mesurer à quel point le patrimoine du jeu vidéo vit encore sur Internet.

Comment obtenir des vies supplémentaires ? Où se cache ce niveau secret ? Quelle manipulation fallait-il effectuer sur la manette avant l’écran titre ?

Gamersmile part de cette mémoire-là. Son catalogue classe codes, mots de passe, secrets et astuces par jeux et par grandes familles de machines : Nintendo, PlayStation, Xbox, Sega, arcade ou micro-ordinateurs. Mais le site essaie manifestement d’aller plus loin que la traditionnelle base de données de cheats.

Le score redevient une affaire publique

L’un des choix les plus intéressants concerne les high scores.

À une époque où beaucoup de jeux modernes organisent eux-mêmes leurs classements mondiaux, le rétrogaming pose un problème différent. Les machines d’origine ne sont évidemment pas toujours connectées et l’émulation a introduit des outils — sauvegarde instantanée, rewind — qui modifient les conditions de jeu.

Gamersmile distingue donc ses classements « Legit » des performances réalisées avec Save State ou Rewind. La séparation ne résout pas tous les débats éternels entre puristes, mais elle a le mérite de reconnaître qu’un score n’a de sens que si l’on sait dans quelles conditions il a été obtenu.

Le site intègre également les challenges Recalbox Online. Le principe est particulièrement proche de l’esprit des anciennes salles d’arcade : un même jeu pour tous, une période limitée, un crédit par partie et un score transmis au classement à la fin de la session.

Autrement dit, une machine conçue parfois plusieurs décennies plus tôt retrouve soudain quelque chose qu’elle n’avait jamais possédé à sa sortie : un tournoi connecté.

Du catalogue à l’identité du joueur

Gamersmile accorde aussi une place importante aux profils.

Un membre peut y présenter ses consoles, sa collection, ses cinq jeux préférés, son jeu culte, sa gaming room, ses réseaux et ses résultats. Les différents blocs peuvent être affichés, masqués ou réorganisés.

Ce détail paraît secondaire. Il raconte pourtant assez bien l’évolution du rétrogaming.

Pendant longtemps, collectionner une Super Nintendo, une Dreamcast ou un Amiga relevait surtout d’une passion privée. Les réseaux sociaux ont transformé ces objets en éléments d’identité culturelle que l’on photographie, compare et partage.

La console n’est plus seulement la machine avec laquelle on joue. Elle raconte aussi une génération, une époque, parfois un souvenir familial.

Des quiz plutôt qu’un musée

Le site dispose enfin de quiz rapides, de « Qui suis-je ? », de sessions live et de défis.

C’est probablement là que Gamersmile trouve son angle le plus pertinent.

Le rétrogaming peut facilement devenir un musée de la nostalgie dans lequel on contemple les boîtes et les machines d’autrefois. Ici, on vous demande plutôt de jouer, de répondre, de battre quelqu’un, de proposer une astuce ou de montrer sa collection.

Le site présente par ailleurs plusieurs moyens de découvrir légalement le jeu rétro — rééditions officielles, Nintendo Switch Online, Recalbox, Batocera ou RetroArch — en distinguant l’émulation du contenu nécessaire pour l’utiliser.

Cette pédagogie compte dans un domaine où l’émulation est encore trop souvent confondue avec le téléchargement indiscriminé de jeux.

Gamersmile n’invente donc pas le rétrogaming communautaire. Mais son assemblage de fonctions lui donne une identité assez claire : considérer l’ancien jeu vidéo non comme une archive morte, mais comme quelque chose auquel on peut encore jouer ensemble.

Et finalement, trente ans après les disputes devant la télévision familiale, la question reste exactement la même.

Qui fait le meilleur score ?